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Assurance-vie et succession : ce que paient vos héritiers

L'assurance-vie se transmet en dehors de la succession, avec une fiscalité qui lui est propre. Selon l'âge auquel l'argent a été versé et le lien avec chaque bénéficiaire, la facture va de zéro à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Les règles, un exemple chiffré, les démarches et les moyens d'en tirer le meilleur parti.

Par Maxime Gautier, conseiller en gestion de patrimoine, certifié Expert en conseil patrimonial (AUREP). Mise à jour : octobre 2026.

L'assurance-vie entre-t-elle dans la succession ?

En principe, non. Au décès, l'assureur verse directement le capital aux personnes désignées dans la clause bénéficiaire. L'argent ne passe pas par le notaire et ne suit pas les règles de partage de la succession. Vous pouvez donc désigner qui vous voulez, membre de votre famille ou non.

Il y a deux exceptions :

  • Aucun bénéficiaire désigné, ou tous décédés : le capital revient dans la succession et suit ses règles, moins favorables.
  • Des versements manifestement exagérés au regard de votre patrimoine et de vos revenus : les héritiers écartés peuvent demander qu'ils soient réintégrés dans la succession.

Le contrat de capitalisation, qui ressemble beaucoup à l'assurance-vie, fonctionne à l'inverse : il entre dans la succession et passe aux héritiers.

Ce que paient les bénéficiaires

Tout dépend de deux choses : l'âge auquel l'argent a été versé sur le contrat, et le lien entre le bénéficiaire et la personne décédée.

Versements avant 70 ansVersements après 70 ans
Abattement152 500 € par bénéficiaire30 500 € au total, partagés entre tous les bénéficiaires et tous les contrats
Ce qui est taxéLes sommes reçues, gains comprisSeulement les sommes versées : les gains ne sont pas taxés
Au-delà de l'abattement20 %, puis 31,25 % au-delà de 852 500 € reçusDroits de succession habituels, selon le lien de parenté
Conjoint ou partenaire de PacsExonéré dans tous les cas

Un frère ou une sœur peut aussi être exonéré, mais seulement dans des conditions très strictes, liées notamment à son âge, à sa situation familiale et au fait d'avoir vécu avec la personne décédée.

Les règles des versements après 70 ans sont détaillées dans l'article sur l'assurance-vie après 70 ans.

Sources : articles 990 I et 757 B du code général des impôts ; Generali, synthèse de la fiscalité en cas de décès, décembre 2025.

Les prélèvements sociaux au décès

Aux droits ci-dessus s'ajoutent les prélèvements sociaux, de 17,2 % pour l'assurance-vie. Ils portent sur les gains du contrat qui n'y ont pas encore été soumis à la date du décès. Sur le fonds en euros, ils sont déjà prélevés chaque année. Sur les unités de compte, ils sont souvent prélevés en une fois au décès. L'assureur les retient avant de verser le capital.

Ils s'appliquent à tous les bénéficiaires, y compris au conjoint, qui est pourtant exonéré de droits.

Un exemple chiffré

Un père veuf laisse à ses deux enfants une maison de 300 000 € et 400 000 € d'épargne. On compare deux cas : son épargne est sur des livrets, ou elle est sur une assurance-vie alimentée avant ses 70 ans, au profit de ses deux enfants à parts égales.

Cas 1 : l'épargne est sur des livrets

Les livrets font partie de la succession, comme la maison. La succession comprend donc 700 000 € (300 000 € de maison et 400 000 € de livrets).

  • Chaque enfant hérite de la moitié, soit 350 000 €.
  • Il déduit son abattement de 100 000 € : 250 000 € sont taxés.
  • Il paie 48 194 € de droits de succession.

Cas 2 : l'épargne est sur une assurance-vie

L'assurance-vie ne fait pas partie de la succession : l'assureur verse directement 200 000 € à chaque enfant. La succession ne comprend plus que la maison, soit 300 000 €.

  • Sur l'assurance-vie : chaque enfant reçoit 200 000 €. Il déduit l'abattement de 152 500 €, et les 47 500 € restants sont taxés à 20 %, soit 9 500 €.
  • Sur la maison : chaque enfant hérite de la moitié, soit 150 000 €. Il déduit son abattement de 100 000 €, et 50 000 € sont taxés, soit 8 194 € de droits.
  • Il paie au total 17 694 € (9 500 € + 8 194 €).

Le résultat

Épargne sur des livretsÉpargne sur une assurance-vie
Payé par chaque enfant48 194 €17 694 €
Payé par les deux enfants96 388 €35 388 €

La famille économise 61 000 €, soit 30 500 € par enfant. La raison : avec l'assurance-vie, chaque enfant profite de deux abattements, 152 500 € sur l'assurance-vie et 100 000 € sur la succession. Avec les livrets, il n'a que le second.

Calcul simplifié, hors prélèvements sociaux et frais de notaire, sans donation dans les quinze ans précédant le décès. Barème des droits en ligne directe : article 777 du code général des impôts.

Les démarches des bénéficiaires

Chaque bénéficiaire s'adresse directement à l'assureur, avec un acte de décès et ses pièces d'identité. La suite dépend de la date des versements :

  • Versements avant 70 ans : le bénéficiaire remplit une attestation fournie par l'assureur. L'assureur calcule la taxe, la verse lui-même à l'administration et paie le solde.
  • Versements après 70 ans : le bénéficiaire déclare les sommes à l'administration fiscale, sur le formulaire 2705-A, à l'aide des informations transmises par l'assureur. L'administration lui remet ensuite un certificat, que l'assureur attend pour payer.

Encore faut-il que les bénéficiaires connaissent l'existence du contrat. Prévenez-les, ou laissez une trace de vos contrats à votre notaire.

Comment en tirer le meilleur parti

  • Verser de préférence avant 70 ans. L'abattement de 152 500 € par bénéficiaire est bien plus favorable que celui de 30 500 €. Après 70 ans, l'assurance-vie garde cependant un atout : les gains ne sont pas taxés.
  • Désigner plusieurs bénéficiaires. Chacun apporte son propre abattement de 152 500 € sur les versements faits avant 70 ans, par exemple des petits-enfants en plus des enfants.
  • Penser à la clause démembrée pour un couple marié avec enfants : elle protège le conjoint et allège ce que paieront les enfants au second décès.
  • Combiner avec d'autres outils : une donation de son vivant ou un contrat de capitalisation utilisent l'abattement de 100 000 € par enfant, que l'assurance-vie laisse intact.
  • Relire sa clause régulièrement, surtout après un mariage, un divorce ou une naissance.

Ce que je fais avec vous : je recense vos contrats, je relis leurs clauses et je chiffre ce que recevrait chacun de vos proches, avec et sans changement. Je vous propose ensuite la répartition et les clauses les plus adaptées, en lien avec votre notaire. Voir comment je prépare une transmission

Vos questions sur l'assurance-vie et la succession

Est-ce que l'assurance-vie entre dans la succession ?

En principe, non. Le capital est versé directement par l'assureur aux bénéficiaires désignés, avec sa propre fiscalité. Il revient dans la succession seulement s'il n'y a pas de bénéficiaire, ou si les versements étaient manifestement exagérés au regard du patrimoine.

Comment est imposé le bénéficiaire d'une assurance-vie ?

Pour les versements faits avant 70 ans, rien jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % et 31,25 % au-delà de 852 500 €. Pour les versements après 70 ans, un abattement global de 30 500 €, puis les droits de succession habituels sur les sommes versées. Le conjoint et le partenaire de Pacs sont exonérés.

Faut-il déclarer l'assurance-vie aux impôts après un décès ?

Pour les versements avant 70 ans, le bénéficiaire remplit une attestation et l'assureur règle lui-même la taxe. Pour les versements après 70 ans, le bénéficiaire déclare les sommes sur le formulaire 2705-A.

Le conjoint paie-t-il des droits sur l'assurance-vie ?

Non. Le conjoint marié et le partenaire de Pacs sont exonérés, quel que soit l'âge des versements. Les prélèvements sociaux restent dus sur les gains qui n'y ont pas encore été soumis.

Que se passe-t-il s'il n'y a pas de bénéficiaire ?

Le capital revient dans la succession. Il est partagé selon les règles de l'héritage et soumis aux droits de succession, sans les abattements propres à l'assurance-vie.

Les enfants peuvent-ils recevoir l'assurance-vie et l'héritage avec deux abattements ?

Oui. L'abattement de 152 500 € de l'assurance-vie, pour les versements avant 70 ans, s'ajoute à l'abattement de 100 000 € par enfant applicable à la succession.

Les informations de cet article sont générales et ne constituent pas un conseil personnalisé. L'exemple est simplifié. Les supports en unités de compte présentent un risque de perte en capital. Les règles fiscales citées peuvent évoluer.

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